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Les montagnes, frontière naturelle

Entre excitation et incertitude

Cette région m’attirait particulièrement, tout en sachant que l’inconnu serait au rendez-vous. On ne trouve pratiquement pas d’information sur cette zone. Les cartes routières sont vagues, les distances et la taille des villages difficiles à évaluer.

Malgré le manque d’information, je décide de tenter le coup, on verra bien. Itinéraire prévu : Pakse – Paxong – Sekong – Tông Hè – Ban Khiat – Ban ônglouang – Ban Pakha - Attapeu.La distance est estimée à 400 km.

Ma tentative s’arrêtera un peu après Tông Hè, un obstacle naturel m’obligeant à renoncer.

Vers l'est, le Vietnam

Les montagnes que j’envisage d’explorer longent le Vietnam. Elles constituent une frontière naturelle. Mais avant d’atteindre ces montagnes, il faut d’abord rouler de Pakse à Sekong.

La route qui relie Pakse à Paksong est bitumée. Paksong est la capitale du plateau des Bolaven. Ici le café est roi. Il est cultivé massivement sur l’ensemble du plateau. La température est agréable, l’altitude est de 1200 mètre. Il est possible de visiter les manufactures de café (sur rendez-vous). Je vous recommande de goûter le café dans une des petites échopes qui longent la route, l’espresso est servi avec sa cafetière. Demandez et on on vous indiquera un bon endroit.

De Paksong à la jonction vers Sekong, l’itinéraire emprunte une piste. Les roues s‘enfoncent dans une couche de poussière impressionnante. Quelques belles cascades sont visibles. Ensuite on retrouve une route bitumée pour arriver à Sekong.

Sekong est la dernière ville avant de se lancer dans les montagnes. Ici, pas de touristes et pourtant il y a quelques hotels chinois et laotiens. Pas grand chôse à faire, comme partout au Laos, il faut apprécier la tranquilité. Une large rivière sépare les montagnes de la ville. Renseignements pris, une pirogue transporte motos et passagers sur l’autre rive.

De l’autre côté de la rivière, la piste sinue et monte progressivement. L'exploration de ces montagnes voisinant la frontière vietnamienne est ludique : Succession de sections très roulantes et de couches de poussière qui atteignent facilement 10 cm d’épaisseur, la moto est parfois difficile à contrôler dans les pentes, les villages sont rares. Globalement, il n’y a vraiment personne par ici.

Beaucoup de végétation brûlée, la déforestation est bien visible. On croise des arbres en flammes le long de la piste.

Nouveaux visages, nouvelle culture

A l'instar du cycliste ou du randonneur à pieds, le voyage à moto vous oblige à aller à la rencontre des gens: Il faut incessement demander son chemin, chercher du carburant, s’arrêter dans des gargotes pour se nourrir, faire une halte dans un garage pour entretenir ou réparer la monture, parfois demander de l’aide.

Les difficultés commencent

Les heures passent, les villages sont rares. Je suis incapable de me situer sur la carte. L'estimation des distances et des ravitaillements restent une inconnue. Le manque de précision de mes cartes routières rend la tâche difficile.

Comme pour envenimer la situation, le compteur de la moto tombe en panne. A partir de maintenant il me sera impossible de connaitre la distance parcourue, et par conséquent ma consommation de carburant (la moto ne dispose pas de jauge carburant), très ennuyant. L’anxiété monte tout doucement.

Obstacle infranchissable
Cette rivière est trop large à traverser, il y a du courant, sa profondeur est difficile à estimer et la première municipalité est trop éloignée pour chercher du secours en cas de problèmes.

Il faut savoir renoncer

Le Laos regorge de rivières, l'absence de carte géographique précise réserve de nombreuses surprises aux conducteurs aventureux. Je tombe sur une large rivière qui me semble trop délicate à traverser bien qu’il semble y avoir un gué. Grosse déception, je suis contraint à renoncer, c'est déjà la fin de l'après-midi et l'obscurité tombe vite. Je dois encore trouver de quoi me loger, ça ne sent pas bon.

Un village apparait, constitué de quelques huttes, la pauvreté est criante. Je leur demande si je peux loger ici. On me designe une hutte qui surplombe la fange des cochons. En général, je ne suis pas difficile mais je préfère décliner poliment l’invitation. Il me faut faire demi-tour et rentrer de nuit vers la ville, rapidement.

Rouler de nuit sur les pistes n’est pas du tout recommandé mais ici la situation l’impose. Dans l’obscurité, je ne trouve plus la bonne jonction mais la chance est avec moi… Je tombe sur deux chasseurs nocturnes qui m’aideront, à l’aide de leurs torches, à retrouver la jonction vers la rivière et puis la ville. Sans eux, j’aurais passé la nuit dehors. Il faut encore trouver la pirogue qui accepte de traverser la rivière malgré l’obscurité complète.

Le lendemain, mon intuition me dit que si j’entreprends une autre tentative par une autre piste, je serai confronté aux même difficultés. La région semble truffée de larges rivières non localisables sur les cartes. Je prends la décision de changer de secteur et de me diriger vers les forêts.

Conclusion

C’était très excitant mais le manque de préparation m’a obligé à renoncer. J’aimerais retourner un jour là-bas, avec une meilleure préparation :
- Cartes de haute précision
- Information sur les passages difficiles et rivières à franchir.
- Un village qui parait important sur la carte peut se réduire en réalité à quelques huttes.
- Estimation des distances et des étapes.
© Copyright 2013 textes et images : Thomas Blanpain