Test Achats et le monde du chocolat belge, le coup sous la ceinture ?

On entend parler depuis quelques heures d’une étude publiée sur la praline par Test Achats. Par un titre racoleur – Pralines : l’équivalent de 25 millions d’air dans les ballotins - , l’association de protection du consommateurs brasse beaucoup d’air, nous informe, certes, mais finalement pas sur l’essentiel.
publié le 20.12.2012

 

L’affaire, sur le fond, est peu attaquable. Test achats a envoyé ses agents se procurer des ballotins de pralines de 250 g dont il a pesé le contenu. On peut la croire quand elle relève qu’à peu près tous les chocolatiers ne respectent pas le poids annoncé. On peut la croire, certes, mais l’information est-elle intéressante ? Test Achats relève que lors de l’achat d’un ballotin, le client paie le prix de l’emballage au prix de la praline, et laisse entendre que plus on monte en gamme, plus l’emballage prend de l’importance… Big deal ! N’aurait-il pas été plus intéressant que l’association s’intéresse à la qualité des chocolats et informe sur les savoir faire et les projets dans ce milieu, ainsi sur la distinction entre pratiques industrielles et artisanales ?

En jouant sur plusieurs sous-titres racoleurs, Mieux dans les supermarchés (vraiment ?) ou, 25 millions d'euros d'air et d'emballages, (comment fait-on ce calcul ?) Test Achats fait passer une partie de la profession de chocolatiers ni plus ni moins que pour des demi bandits (21 sur les 22 testés n’ont pas le poids attendu, de quelques grammes à +/- 75 g sur des ballotins de 250 g).

Le pire, c’est que Laurent Gerbaut, artisan chocolatier animé par un réel projet sociétal, décroche la timbale, passant dans l’histoire pour l’escroc de service, ce qu’il n’est pas ! Laurent s’est défendu d’un communiqué o ù il s’étonne d’apparaître dans une étude portant sur des ballotins de 250 gr alors qu’il ne vend pas de ballotins de ce calibre. « Nos ballotins sont préemballés à l’avance ou réalisés avec le client pour le poids prévu, à savoir 150, 350, 500 ou 750 gr », insiste celui-ci, avant de se justifier, et de penser que l’erreur pourrait être due à une étudiante débutante à qui l’on aurait réclamé un ballotin de ce poids, et qui ne savait pas comment le comptabiliser le ballotin de 250 gr, finalement pesé avec l’emballage sans faire la tare. »

Franchement, l’essentiel n’est pas là. Quand on achète un chocolat de chez Gerbaud, Marcolini, Wittamer voire Galler, tous dans le rouge à des degrés divers, on se moque des quelques grammes manquants, de la praline que vous avez peut-être en moins, car on achète d’abord du savoir-faire. A la limite, on va compter le nombre de pralines, parce qu’on les aime, mais pas s’intéresser à leur poids. Il est honteux de voir un chocolatier comme Laurent Gerbaud être ainsi pointé du doigt alors qu’il se bat, comme il le dit, « depuis plus de dix ans pour produire des chocolats bons, beaux et différents. Il y a une disproportion totale entre la façon dont je suis qualifié dans cet article racoleur, les conséquences en terme d’image de marque et les réalités d’une chocolaterie artisanale. »

« Que Test Achats enquête et compare fait partie du jeu », souligne Pierre Marcolini, « mais il nous aurait semblé plus cohérent de comparer ce qui est comparable. Nous n’avons rien à cacher. Nous n’avons d’ailleurs pas plus de ballotins de pralines de 250 g que Laurent. Les ballotins, c’était un autre temps. Par contre, nous aimerions que soit aussi racontée la véritable histoire du chocolat belge aujourd’hui. Qui fait quoi ? Pourquoi un artisan réclame-t-il tel ou tel prix pour certains chocolats que je qualifie de « grands crûs », comme certains vins ? Quels sont les prix au cours officiels et quels sont les prix que j’accepte de payer en direct au producteur ? Qui va sur le terrain rencontrer ces producteurs ? Au lieu de cela, on mélange des pommes et des poires, l’artisanal et l’industriel. »

Pierre Marcolini évoque également une enquête publiée par un journaliste allemand sur le monde du chocolat aux quatre coins de la planète. Dans cette étude, le Bruxellois reçoit une note de qualité maximale (5 cabosses sur 5 ) et Laurent Gerbaud est très bien noté (4 sur 5). « Ce journaliste est venu nous voir. Il a demandé à voir les ateliers, les machines, les fèves, les commandes. Il a vu ce que nous importons. Il a écouté un projet, a goûté du chocolat, a jugé. Je ne demande pas mieux que d’informer les gens, mais vous m’excuserez, pas à la veille de Noël… »

En période de fêtes, ce genre de papier s’apparente pour un artisan ni plus ni moins à un coup sous la ceinture. Et le plus piquant est de voir que la meilleure note va chez Godiva, un chocolatier si belge, mais appartenant à une société turque, qui fait ses tablettes en Allemagne, ses biscuits en Suisse, et ses pralines, dit-on, en Turquie. Au moins, celles-la, avant de rejoindre votre ventre, auront vu du pays.

 

René Sépul

 

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publié le 20.12.2012


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