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Au coeur de la forêt laotienne

Lost in a forest

“Lost in a forest” est un des meilleurs morceaux de The Cure (groupe mythique des années 80). C’est aussi l’impression permanente que j’ai eu durant les deux traversées de forêt durant ce séjour.
L’orientation était problématique et les pertes fréquentes.
Toutefois je pense avoir réalisé l’itinéraire tel qu’il est décrit sur la carte. Il ne reprend pas les nombreux détours et demi-tours qui ont considérablement allongés la distance parcourue, estimée à 250 kilomètres...

Une expérience inoubliable

Durant ce voyage, j’ai traversé la forêt à deux reprises. Chaque traversée fut une expérience inoubliable au coeur d’une vaste étendue verte et fertile où l’aventure est encore possible. La végétation vous entoure au plus prêt, elle forme des véritables tunnels. Les clairières laissent de temps en temps aparaitre le ciel, les percées sur les bords de piste offrent des vues majestueuses sur l’horizon. La terre est teintée d’un ocre intense. Le relief est accidenté et parcouru de nombreux cours d'eau. Bref une véritable immersion.

Pistes de terre, de poussière ou de rocailles, traversées de rivières et de ponts suspendus, les sensations fortes sont au rendez-vous, à la fois opressantes et vertigineuses. La forêt m’apportera les meilleurs moments de ce séjour dans le sud du Laos.

Des centaines de kilomètres de pistes

Les pistes peuvent se réduirent à des passages étroits de terre ou de rocailles, des ravins tortueux. Les traversées de rivières ne se comptent plus.
La forêt offre des centaines de kilomètres de pistes qui forment un vase réseau dans lequel le voyageur se perd rapidement.
Le sens de l'orientation est primordial: L'utisation d'une boussole, l'observation du soleil et les renseignements auprès des locaux sont indispensables.
Je passe régulièrement une heure à la recherche de la bonne direction, du bon renseignement, parfois j’enrage parce que je suis est revenu au point de départ sans m’en rendre compte. 

Une fois rentré dans la forêt, il Il faut impérativement en ressortir avant la tombée du jour pour rejoindre une agglomération et chercher de quoi se loger. On croise les doigts pour ne pas tomber en panne et on vérifie régulièrement que les bagages sont toujours solidement accrochés.

Sur terre, dans l’eau et dans les airs.
Il faut beaucoup d'équilibre pour franchir cette passerelle. Si vous ne roulez pas au centre, elle se met à balancer. Frissons garantis.
Ravitaillement en carburant
Le plaisir des choses faites en toute simplicité, c'est cela aussi l'exotisme. C'est l'occasion de discuter avec les locaux mais on rit souvent de l’incompréhension entre les deux parties… Le principal, c’est que le réservoir soit rempli.

Dans ces régions reculées, de la vie

La forêt est loin de tout et pourtant des hommes et de femmes y vivent, le long des pistes ou dans des villages cachés loin dans la végétation.
Il est réconfortant de traverser les villages, on se sent moins seul et c'est l'occasion de demander son chemin: La discussion fait souvent appel au langage des mains. Il est primordial de connaitre la position et la prononciation des principales municipalités entourant la zone forestière, les Laotiens étant peu habitués à la lecture des cartes géographiques. Dans ces villages, le niveau de vie moyen est très bas, j’essaie de dépenser un peu d’argent partout où c’est possible.

La chasse aux oiseaux
Dans un tournant , je tombe nez à nez avec un groupe de trois garçons qui capturent des oiseaux. Ils sont très intimidés par ma présence. Néanmoins, avec un sourire et un bonjour, ils acceptent de prendre la pause.

Coup de coeur : Les gens de la forêt

Au beau mileu de nulle part, on tombe parfois sur des gens. On se demande où ils vont et d’où ils viennent, la végétation s’étend à perte de vue. La forêt semble parsemée de petit villages invisibles, à l’écart des pistes.
Ils ont l’air insouciants et si vous leur dites bonjour, ils répondent avec le sourire et pourtant ils sont très timides. Ils travaillent tous, enfants, adultes, vieillards. Ils portent des paniers, du bois, des produits de la ceuillete et de la chasse. Certains ont des vieilles pétoires du siècle passé, d’autres des arbalètes digne du moyen âge, et d’autre encore des harpons ancêtres des arbalètes sous-marines.

Parfois, un fil éléctrique circule de villages en villages et permet d’apporter un peu de confort comme la télévision ou un frigo. Dans les villages, les gens sont plus curieux et vous parlent facilement, on vous invite à vous asseoir pour discuter ou partager une bière.

A l’opposé, il n’est pas rare qu’à votre approche, les gens soient terrorisés et s’enfuient en courant pour se cacher dans la végétation. J’avais observé le même phénomène dans les montagnes du nord. Connaissent-ils des violences dans ces zones reculées où la police et les institutions sont inexistantes ? Guérilla, bandisitisme, trafic ? La prochaine fois que je retournerai au Laos je m’informerai.

Conclusion

La forêt m’a apporté les meilleurs moments de ce séjour dans le sud du Laos. Les deux traversées de forêt ont été à chaque fois une expérience stimulante et ludique : Si vous rentrez dedans, vous devez en ressortir et vous disposez d’une journée d’ensoleillement pour le faire. C’est certainement un endroit où je retournerai.
© Copyright 2013 textes et images : Thomas Blanpain