Les 50 Best, qu’en penser ?

Au fil des années, le classement des meilleurs restaurants du monde s'impose mais que fait il en penser réellement?
publié le 02.05.2013

 

L’annonce des résultats concernant « Le Meilleur Restaurant au Monde » a fait son buzz les jours derniers, et je dois bien avouer que l’affaire commence doucement à ennuyer, non pas tellement au niveau de ses résultats, mais plutôt par l’animation générale qu’elle véhicule.

La cérémonie des World’s 50 Best Restaurants est organisée par la revue anglaise Restaurant. Les récompenses sont liées aux votes de la Diner’s Club® Académie des Meilleurs Restaurants du Monde qu’elle a créée. Cette académie est divisée en 26 régions. Chacune dispose d’un comité de 36 membres, dont un président. Chaque membre a droit à sept votes. Au moins trois de ces votes doivent récompenser un restaurant d’une région autre que la leur. Chaque comité réunit des critiques culinaires, des chefs et des « foodies». Ces membres établissent leur vote en se basant sur leurs expériences au cours des 18 derniers mois. Il n’est pas simple – ma prochaine intervention en témoigne – de savoir qui compose ses comités.

Par rapport à Michelin, la mise en place de pareille institution n’était pas sans intérêt. Sa création et son développement ont permis de sortir le de la haute gastronomie de la France, de secouer un peu le cocotierr et de s’ouvrir à d’autres cuisine du monde. Il y eut à partir du milieu des années 90 l’émergence de la cuisine espagnole, puis anglaise, puis danoise. Bref, une bonne chose…

Les rumeurs nous avaient annoncé que Noma ne resterait pas numéro 1, et que le haut du podium serait sans doute occupé par un Japonais ou le mexicain Atala (restaurant DOM/Sao Polo). Rien de tout cela, mais un retour vers l’Espagne, avec le couronnement des frères Rocca. Avec ses six restaurants dans le top 50, la France et les Etats-Unis sont les les plus récompensés, même si les Français continuent à la trouver saumâtre de n’avoir personne dans le top 1o. Le meilleur français prend la 16e place - L’Arpège d’Alain Passard -, suivi par d’Inaki Aizpitarte (Chateaubriand – 18e), puis L’Astrance de Pascal Barbot (23e). La surprise touche à l’entrée de l’excellent Septime (Bertrand Grébaut) dans le top 50.

Un peu fatigué par les manières de faire de ce mouvement, je dois avouer avoir beaucoup aimé les réactions de Vincent Pousson, un bloggeur français qui n’a pas sa plume en poche (http://ideesliquidesetsolides.blogspot.com.es/) ce matin, dans un papier intitulé « le détail qui tue ». En voilà un résumé, mais je ne peux que conseiller la lecture plus générale de ses papiers.

" S'il ne fallait qu'un détail, une raison, une évidence, pour "refermer le livre", et discréditer définitivement cette pantalonnade sauce anglaise, c'est dans les profondeurs du classement qu'il faudrait la chercher. À la soixante-dix-septième place, (…) entre Bras père et fils (69e), le St. John (71e) et Alain Ducasse (79e et 96e), Les Amis (81e), L'Hôtel de Ville de Crissier (88e) et la Maison Troisgros (94e). (…) Et qui trouve-t-on à cette soixante-dix-septième place? C'est un restaurant européen, espagnol, barcelonais (…)

Ce restaurant, ou plutôt cette mangeoire, c'est Tickets, l'affaire montée par les frères Adrià et leurs associés. J'ai déjà écris (ici) tout le mal gustatif et philosophique que je pensais de ce truc sous le titre volontairement provocateur Le plus mauvais restaurant de Barcelone.

Mais, je poste juste la question: comment peut-on, si l'on a un tant soit peu de respect pour la chose gastronomique, faire entrer ce panégyrique de la merde liquide et solide dans un classement sensé célébrer l'excellence, sensé consacrer les "meilleurs restaurants" du Monde? Vous voyez, ce n'est même pas de goût dont je parle, juste de symboles. Les plus puissants symboles de la destruction de la culture alimentaire, dont cet endroit, qui a vendu son âme (même si ce mot n'a pas sa place ici) au Diable de la malbouffe, orne ses salles. De Coca-Cola, de hamburgers en plastique et publicité pour la bière industrielle. Faire figurer cette horreur entre les Bras, Ducasse, Violier et Troigros relève de la forfaiture. De la trahison.

Et tant pis si sur le coup, je manque d'humour. Si je ne pare pas mon propos de cette insignifiante (insoutenable) légèreté de ceux qui se rêvent en nouveaux maîtres du Mondogastro. Au delà de toute théorie complotiste (le complotisme est contraire à ma religion…), il me semble bien entrevoir la logique de groupes comme Nestlé (on ajoutera le chocolatier belge industriel Barry Callebaut) qui sponsorise cette foutaise. Je comprends que ce sera un vrai soulagement pour toutes les multinationales chimico-alimentaires de débarrasser la gastronomie des produits artisanaux, paysans, de la "laver" du terroir, d'éradiquer en elle tout ce qui n'est pas fabriquées dans leurs usines. Quelle merveille, en plus, de laisser faire le boulot à d'autres, à des jurys fantoches, suffisamment hétéroclites pour être perméables au lobbying. Pour qu'enfin disparaisse ce référentiel du goût simple et pur des nourritures vraies, non homologuées, non normalisées. Pour qu'enfin se taise la petite musique que ne jouent plus ici et là, tels des solistes oubliés, que de minuscules mélomanes des fourneaux, dinosaures de l'amour de la Nature et du respect de la Terre. Anachroniques, oubliés du buzz et des cocottes mondaines. Naufragés de ce qu'on veut nous vendre comme la Modernité mais qui n'est autre que la vieille et pitoyable rumeur de ceux qui vont à la soupe. Et ça, pour moi, c'est le détail qui tue. Non, pardon, c'est tout sauf un détail. Et je ne vois pas comment ne pas définitivement "refermer le livre.'
"

Extrait de World's 59 best restaurants : le détail qui tue

 

René Sépul

publié le 02.05.2013


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